Laissez-vous conter les femmes du Val d’Argent.

Lu sous Pays d’Art et d’Histoire du Val d’Argent
En partenariat avec la médiathèque du Val d’Argent, le Pays d’Art et d’Histoire du Val d’Argent vous propose une exposition sur la condition féminine en Val d’Argent.

Exposition visible à la médiathèque du Val d’Argent du 3 au 28 mars

Article mis en ligne le 10 mars 2020

par JDwebmestre

Des ouvrières aux femmes de la Résistance, en passant par les bourgeoises, les artistes et les sportives, laissez-vous conter la féminité dans toute sa diversité. D’autres photos sont à découvrir sur les panneaux d’exposition.
Bonne découverte à tous et à toutes !

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

De tout temps, la femme a été l’objet de fascinations, de mystères et de paradoxes. Les récits mythologiques et bibliques l’ont présenté comme allégorie de nombreuses vertus (Beauté, Intelligence, Fécondité), mais aussi à l’origine des maux terrestres.

L’illustration ci-dessous représente le péché originel d’Adam et Eve, gravée sur une plaque de fonte de cheminée. Pour avoir mangé le fruit défendu, Adam et Eve furent chassés du Paradis. Dieu condamna l’Homme à travailler, et Eve à se soumettre à l’Homme et enfanter dans la douleur.

Entretenue par un clergé masculin, la tradition religieuse a justifié l’existence des inégalités entre les hommes et les femmes aux travers des textes sacrés. Elle prône le modèle d’une société patriarcale, établissant la soumission de la femme à l’homme et celle de l’homme à Dieu - Archives de Sainte-Marie-aux-Mines.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Le modèle d’une société patriarcale diffusé par la religion est particulièrement difficile à faire évoluer, car les institutions religieuses n’accordent quasiment aucune place aux femmes au sein de la hiérarchie écclésiastique jusqu’au début du 20e siècle.

Leur dévotion ne s’exprime qu’en entrant au couvent, en faisant voeu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

Le Val d’Argent n’a compté aucun couvent féminin durant son histoire. En revanche, l’abbaye d’Andlau – fondée par Sainte Richarde – possédait des terres au lieu-dit « Bois l’Abbesse » à Lièpvre.

Par ailleurs, plusieurs religieuses ont assuré l’éducation des jeunes filles à travers les écoles communales, paroissiales ou privées, perpétuant l’existence du modèle patriarcal. La photo représente le faire-part de décès de Soeur Marie Bonniface, née Marie DEMANGE, qui fut institutrice à Sainte-Croix-aux-Mines dans la 1ère moitié du 20e siècle. - Coll. Marie Thérèse Antoine - 1946

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Au Moyen-Âge, la représentation de la femme va changer, en interdisant toute référence à la nudité. Le "modèle" de femme est celui de la Vierge Marie, symbole de pureté, ou celles qui furent béatifiées.

Le tableau dit des mineurs (17e siècle) à l’église de la Madeleine à Sainte-Marie-aux-Mines, représente la Vierge offrant le scapulaire à Saint Simon Stok. Dans la partie inférieure du tableau, on aperçoit une vue de Sainte-Marie-aux-Mines - Photo José Antenat (en 2008)

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Dans la société patriarcale qui prévaut jusqu’au début du 20e siècle, le mariage constitue une étape fondamentale pour la femme, qui acquiert sa place dans la société. Pour autant, elle ne devient nullement indépendante, passant de la tutelle de son père à celle de son mari.

La dimension amoureuse du mariage est souvent reléguée au second plan. Le mariage est très fréquemment arrangé entre les familles, pour développer un patrimoine à travers un jeu d’alliances matrimoniales et les discussions sur la dot. Cet aspect touche toutes les couches de la société. La photo représente un mariage dans la famille Gasperment à la Hingrie en 1911 - Coll. J.L. Fréchard

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Du Moyen-Âge jusqu’au 20e siècle, le mariage constitue le cadre légal unique pour la conception des enfants. Dans la vallée, la fécondité est d’environ 5 enfants par couple autour de 1836. La déclaration de la naissance et le choix des prénoms relèvent du père, dont le Code Civil napoléonien consacre l’autorité.

La photo représente la famille de Jean Nicolas BARTHELEMY en 1884, et ses 9 enfants à Lièpvre - Reproduction Christian Laiguesse

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les enfants nés hors mariage sont qualifiés de « bâtards » sous l’Ancien Régime ou « d’enfants naturels » au 19e siècle. Instituée dès 1556, la déclaration de grossesse est obligatoire pour les femmes non-mariées. Elle vise à réduire les infanticides ou les abandons des nouveau-nés dont la conception n’était pas désirée. On y cite le nom du père biologique, avec la perspective d’obtenir de lui une compensation financière pour élever l’enfant.

Une forte pression sociale s’exerce alors sur la mère célibataire pour qu’elle régularise sa situation. Elle doit se marier soit avec le père biologique, soit avec un autre homme, qui accepte alors de reconnaitre l’enfant pour le sien. L’enfant est alors « légitimé » et prend le patronyme de l’époux.

Le document reproduit en photo est une "déclaration de fille grosse". Il s’agit de la déclaration de grossesse d’Anne Marie Hermann, femme célibataire à Echery, datée de 1725 - Archives de Sainte-Marie-aux-Mines.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Au sein de la société patriarcale, la veuve occupe une place particulière.

Sous l’Ancien Régime, la veuve n’est pas censée rester seule. Ses biens sont confiés à un administrateur, le temps qu’elle soit prise en charge par ses enfants majeurs ou se remarie.

A partir de 1804, le Code Civil napoléonien autorise la veuve à hériter des biens de son mari et à les gérer par elle-même. Sa situation administrative se démarquant nettement de celles des autres femmes, la veuve est plus ou moins bien acceptée par la société.

La photo représente le restaurant de la veuve Christophe Baecher, touché par des éclats d’obus en 1916 à Fertrupt (actuel n°9 Fertrupt) - Coll. Robert Guerre

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Pour les veuves issues de la bourgeoisie, leur investissement dans les oeuvres caritatives est attendu car elles en disposent des moyens. La veuve Kroeber-Imlin, que l’on aperçoit à la fenêtre sur cette photo, lègue ainsi en 1916 une partie de sa fortune au profit des pauvres et de l’orphelinat local. Elle demande à ce que l’on finance des soins dentaires aux jeunes filles qui en ont besoin.

En sa mémoire, la ville de Sainte-Marie-aux-Mines a attribué son nom à une rue de la commune - Coll. Robert Guerre - Vers 1912

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les orphelines ne disposent pas non plus d’autonomie juridique. Le terme désigne les jeunes filles ayant perdu leurs parents, abandonnées ou placées par leurs familles faute de moyens pour les nourrir.

Dès les années 1830, la Ville de Sainte-Marie-aux-Mines prend en charge les enfants abandonnés en les plaçant chez des nourrices.

En 1874, l’action municipale est relayée par la paroisse protestante qui crée un orphelinat pour filles dans le quartier Rohmer. Accueillant des filles indigentes à partir de 8 ans, l’orphelinat leur offre une formation scolaire et pratique pour les placer ensuite comme domestiques dans des familles d’accueil. L’établissement fonctionnera jusqu’aux années 1960.

La photo représente les pensionnaires de l’orphelinat de Sainte-Marie-aux-Mines, vers 1920-1930. - Achives paroisse réformée de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Du 16e au 19e siècle, les femmes célibataires ou sans enfants sont considérées comme suspectes. Une forte pression sociale s’exerce sur elles – voire se transforme en suspicion – si elles ne sont pas originaires du territoire.

Au 16e et 17e siècle, ces suspicions, conjuguées à un contexte de crainte et de superstition, aboutissent à une flambée des procès de sorcellerie. Entre 1570 et 1620, on en dénombre une cinquantaine dans le Val d’Argent.

Il n’y a pas de profil type de la sorcière. La victime peut être jeune ou âgée mais son mode de vie dérange le voisinage ou sort de la norme. Victime de rumeurs – qui s’amplifient avec le temps – elle est mise en accusation et passe à de pseudo-aveux obtenus sous la torture. Dans la majorité des cas, elle est condamnée à périr sur le bûcher.

Gravure représentant une cérémonie de sabbat

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Parmi les marginales figurent aussi les femmes victimes d’un viol. Elles furent souvent rejetées par la communauté et contraintes au départ, en raison du déshonneur qui les accable et qui rejaillit sur leurs familles.

En 1775, une jeune femme d’une quinzaine d’années fut violée par un officier des mines. Accablée par le déshonneur, elle prit le chemin en direction d’Aubure pour rejoindre une parente.

En cours de route, elle mit au monde un enfant mort-né sur les hauteurs de Sainte-Marie-aux-Mines. Selon la légende, elle fut accusée d’infanticide et condamnée à la lapidation sur le lieu de son soi-disant crime. Le toponyme « Tertre de la fille Morte » évoque sa mémoire.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

La prostitution apparait dans la vallée au 16e siècle avec l’essor démographique liée à l’exploitation minière. Elle se pratique notamment dans les cabarets dont on en dénombre près de 70 à l’époque.

Tirée du Schwazer Bergbuch (1556), cette gravure, intitulée "Annonce de la découverte d’un filon", représente l’arrivée massive des mineurs. On y voit notamment deux femmes, l’une distribuant le vin (l’aubergiste), et une prostituée en compagnie d’un homme, tous deux se cachant dans un buisson.

Dans le Val d’Argent , Eberhardt de Ribeaupierre règlemente l’ouverture des cabarets à la fin du 16e siècle pour lutter contre le phénomène. Il les somme de se tenir à « ce qui convient à Dieu et l’Honneur » et ordonne la fermeture des "lieux de débauche".

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Après la Révolution, la pratique de la prostitution est dépénalisée et réglementée en 1802. Les prostituées ont l’obligation de se déclarer. On distingue les filles à carte qui travaillent à domicile et les filles à numéro attachées à une maison close.

La législation instaure une visite médicale mensuelle obligatoire pour les prostituées afin d’endiguer la diffusion de maladies vénériennes telles que la syphilis. Celles qui en sont atteintes ont l’obligation de se soigner et ne peuvent plus exercer.

Le document présenté est une lettre anonyme écrite en vers, dénonçant une femme se prostituant avec un Allemand, probablement durant la 1ère guerre mondiale - Archives de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Dans le Val d’Argent, il n’y a pas eu de maison close officiellement ouverte sur le territoire. Cependant, un hôtelier de Senones fit une proposition pour en ouvrir en 1923 à Sainte-Marie-aux-Mines. Sa demande n’a pas abouti - Archives de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Si la gestion quotidienne d’un foyer constitue un travail à part entière, les femmes ont travaillé en parallèle au sein des corporations et corps de métiers auxquels adhéraient leurs maris.

Au 16e siècle, les femmes participent à l’exploitation minière du Val d’Argent. Appelées « cloweresses », elles lavent et trient le minerai, car leurs doigts fins permettent de saisir plus facilement les particules de minerais sur les roches broyées. Par mesure sociale, ce travail est confié en priorité aux veuves ou aux femmes d’ouvriers malades

Gravure représentant les trieuses de minerai au 16e siècle, d’après les dessins de Sébastien Munster.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Malgré l’activité minière, le Val d’Argent conserve un fort caractère rural jusqu’au 19e siècle. Les femmes prennent une part active dans les travaux à la ferme, pour le gardiennage des troupeaux, ou du jardinage.

La photo représente ici le départ des femmes et des enfants de la ferme de la Sermonette pour les fenaisons à la fin du 19e siècle - Reproduction José Antenat

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Lors des veillées hivernales, toute la famille se réunit autour du poêle pour jouer, raconter ou écouter des histoires. Lors de ces soirées, les femmes filent le lin ou le chanvre qui constitue un complément d’activité en période hivernale

Veillée dans une ferme dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines vers 1814 - Bibliothèque de la Société industrielle de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

La fabrication du tabac propose également de nombreuses opportunités d’emploi pour les femmes. Elles en ramassent les feuilles ou conditionnent les cigarettes lorsque cette activité prend une tournure plus industrielle au 19e siècle.

La photo représente les ouvrières de la manufacture de tabac Burrus à Sainte-Croix-aux-Mines, affectées au conditionnement des cigarettes en paquets, en 1927 - Coll. JP Hauswald

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Le 19e siècle est marqué par l’essor rapide de l’industrie textile. La part de l’emploi féminin s’accroit de près de 20% dans de ce domaine d’activité dans le 1er quart de siècle en France. En 1836, sur les 20000 personnes travaillant pour l’industrie textile du Val d’Argent, la moitié des employées sont des femmes.

On dénombre notamment :
 5000 femmes et enfants occupés à bobiner ou dévider le fil des trames, pour le compte des tisserands.
 5000 femmes, qui réparent les chaînes, qui nettoient les toiles des impuretés (épinceteuses) ou employées comme couturières.

La photo représente des ouvrières travaillant aux bobinages des fils, dans l’usine Blech dans les années 1930 - Archives Espace musées du Val d’Argent

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

En dépit de journées de travail fort longues, leur salaire est en moyenne deux fois moins élevé que celui des hommes.

Les métiers du textile ne permettent pas aux femmes d’accéder à une autonomie financière totale.Les femmes participent massivement aux grèves ouvrières de 1926, comme le montre cette photo prise devant le théâtre.

Malgré cela, les métiers du textile constituent leurs principales sources d’emploi jusqu’aux années 1950.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les femmes sont particulièrement représentées dans certains métiers.

Le métier de sage-femme est ainsi exclusivement féminin jusqu’au 19e siècle. A l’origine, elles sont choisies par la communauté villageoise pour leur probité.

La photo représente la salle d’accouchement de l’hôpital de Sainte-Marie-aux-Mines vers 1956 - Photo Boehrer - Fonds Adam / Médiathèque du Val d’Argent

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Le métier de sage femme se structure au 18e siècle avec l’ouverture d’une première école d’accouchement à Strasbourg en 1728. Celle de Colmar est inaugurée 1er décembre 1805 et financée grâce à un don généreux de Michel Paira, banquier parisien originaire de Sainte-Marie-aux-Mines. Michel Paira financa aussi la reconstruction de la rue Saint Louis, dévastée par une crue à la fin du 18e siècle.

En sa mémoire, ce monument commémoratif fut érigé dans la rue Saint Louis - Photo Messager des vosges illustré, 1904.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les femmes sont particulièrement présentes dans le milieu hospitalier, comme ici à l’hôpital de Sainte Marie aux Mines en 1956 - Fonds Adam

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les femmes sont enfin omniprésentes dans les métiers liés aux services et au commerce. On les retrouve par exemple comme vendeuses à la boutique de tissus SCHWARTZ, située rue de Lattre de Tassigny - Fond Adam

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Ou encore serveuses et cuisinières à l’hôtel Louterbach de Sainte-Marie-aux-Mines - Coll. David Bouvier

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Elles sont également fréquemment employées comme domestiques dans les maisons bourgeoises - Archives municipales de Sainte Marie aux Mines.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

A Lièpvre, Monique et Irma Baradel tiennent un restaurant et l’épicerie Au tonneau d’or (actuel carrefour market) dans les années 1950. - Coll. Jean-Georges Urbain

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Méticuleuses, elles travaillent également à la composition typographique et à la relecture des articles publiés dans le journal local "le Messager des Vosges". Photo prise au début du 20e siècle - Archives municipales de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les femmes de la bourgeoisie industrielle ne sont pas contraintes à prendre une activité salariale. La journée s’articule autour des tâches quotidiennes pour la tenue du foyer, de l’éducation des enfants, et de l’accueil ou de la visite des amies. - Archives de Sainte-Marie-aux-Mines.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

En raison de leur statut social, les bourgeoises mettent un point d’honneur à s’investir dans les oeuvres de charité pour soulager la misère sociale. Elles organisent ainsi des ventes et des collectes de dons pour récolter des fonds affectés aux bureaux d’aide sociale.

Cette photo représente la vente de fleurs par des jeunes filles de Lièpvre, au profit de la Croix rouge en juillet 1916 à Lièpvre - Photo collection Knecht

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

A Lièpvre, une école de couture voit même le jour au sein de l’usine Dietsch à la fin du 19e siècle. Animée par les épouses des patrons, elle a accueilli jusqu’à 90 élèves - S.D. - Photo A Gunther - Coll. Knecht

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Au 19e siècle, seules les femmes de la bourgeoisie peuvent consacrer du temps aux loisirs. L’écriture de lettres et de poèmes ainsi que la lecture de romans et de pièces de théâtres occupent les premières places des loisirs.

La lecture et l’écriture constituent des sources d’évasion spirituelle ou d’expression de sentiments refoulés au quotidien. - Archives municipales de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Régulièrement, les femmes préparent des représentations de pièces théâtrales, au sein du cercle familial ou amical - Archives municipales de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

La promenade dominicale et son pique-nique champêtre, constitue aussi un temps de loisir privilégié en fin de semaine - Archives de Sainte-Marie-aux-Mines.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

La musique et les bals tiennent une place particulière au sein des loisirs. Si les femmes y participent souvent, l’accès aux sociétés musicales reste cependant un loisir majoritairement masculin.

La première chorale paroissiale mixte est fondée par le curé de Lièpvre en 1878, sous le nom de Chorale Sainte Cécile. On voit ici les choristes de Lièpvre en excursion au Donon en août 1925 - Archives paroissiales de Lièpvre

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Malgré le foisonnement d’associations sportives à la fin du 19e siècle, ces sociétés restent majoritairement fréquentées par des hommes. Les bains municipaux de Sainte-Marie-aux-Mines acceptent les femmes dès 1903 à l’ouverture de l’établissement. Cependant, à l’origine, les bains ne sont pas mixtes : des horaires spécifiques sont réservés aux femmes. - Archives municipales de Sainte-Marie-aux-Mines.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Il en est de même pour la pratique de la gymnastique. Il faut attendre1920 pour que la société gymnastique l’Ancienne 1869 ouvre sa première section féminineSainte-Marie-aux-Mines. La photo représente la société de gymnastique l’Ancienne, probablement en 1969 à l’occasion de son centenaire.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Les femmes vont progressivement s’émanciper, grâce à l’accès à l’éducation.

Dans le Val d’Argent, les premières écoles apparaissent à l’échelle paroissiale dans la 2e moitié du 16e siècle. Au 18e siècle, toutes les paroisses disposent d’une école mais la fréquentation des filles reste aléatoire. Bon nombre de femmes ne maîtrise pas encore l’écriture au 18e siècle et ne peuvent signer le registre de baptême ou de mariage.

Dès lors, elles signent les actes d’une croix, le curé ou le pasteur précisant par écrit leur nom, comme sur cet acte de baptême de 1775.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Au 19e siècle, l’Etat légifère pour renforcer la création et la fréquentation des écoles.

Votée le 15 mars 1850, la loi Falloux oblige de créer une école primaire pour filles dans les communes de plus de 800 habitants mais ne rends pas obligatoire leur fréquentation. La scolarité n’est limitée qu’à quelques années, pour l’apprentissage des bases (lecture, écriture, calcul).

Les cours des filles sont assurées majoritairement par des religieuses et leur éducation vise à en faire une femme soumise, travailleuse et discrète.

Cet extrait d’un cours d’éducation de 1855 justifie par exemple les "bienfaits" de la soumission féminine, inspirée directement de l’autorité divine - Archives musée de l’école d’Echery.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Cet autre extrait du cours d’éducation de 1855 explique pourquoi une femme ne doit pas porter des vêtements à la mode et privilégier des vêtements sobres... - Archives musée de l’école d’Echery.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Annexée par l’Allemagne en 1871, l’Alsace passe sur le système scolaire allemand. Celui-ci rend l’école obligatoire pour tous, garçons et filles, une dizaine d’années avant l’adoption des lois Ferry en France.

La photo représente la classe n°6 de l’école des filles de Sainte-Croix-aux-Mines, vers 1906-1908 - Coll. Pierre Dumoulin

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Bien que la scolarité des filles finisse par s’imposer, les filles et les garçons restent séparées dans des classes distinctes.

Photo d’une classe des filles de l’école de Lièpvre, année scolaire 1953-1954 - Archives musée de l’école d’Echery

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

L’annexion de l’Alsace par l’Allemagne favorise la création d’un cursus secondaire pour filles.

L’administration d’Alsace Lorraine créée des écoles supérieures pour filles laïques (Höhere Mädschenschule) en Alsace, financées par l’Etat.

A Sainte-Marie-aux-Mines, un établissement de ce type apparait en 1873 dans l’ancien couvent des cordeliers (voir photo).

Les écoles privées tenues par des religieuses sont autorisées uniquement si le siège de la congrégation religieuse se situe dans l’espace germanique ou alsacien et si les enseignants maîtrisent la langue allemande - Fond Adam

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Originaire de Colmar, le député Camille Sée fait voter en France la loi du 21 décembre 1880 pour l’organisation de collèges et de lycées pour filles. L’enseignement s’organise autour de l’apprentissage des sciences humaines et des travaux d’aiguilles mais le diplôme délivré n’a pas la même valeur qu’un baccalauréat.

La photo montre une classe de fille du collège des couvents des cordeliers, vers 1885-1890. Photo Albert Foltzer - Archives municipales de Sainte-Marie-aux-Mines

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Ce n’est qu’en 1924 que les programmes de l’enseignement secondaire ainsi que le baccalauréat deviennent identiques pour les filles et les garçons, leur ouvrant l’accès à l’université.

Malgré la possibilité qui leur est offerte, peu de familles poussent leurs filles à faire des études.

Sur cette photo de classe du collège / lycée de Sainte-Marie-aux-Mines, prise en 1926, il n’y a qu’une seule fille préparant le baccalauréat. - Coll. musée de l’école –

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

La Première puis la Seconde Guerre mondiale contribuent à l’émancipation des femmes, en accélérant leur intégration dans le monde du travail et à la gestion des finances du foyer, qu’elles assument seules en l’absence de leur époux.

En période de guerre, les lois instaurant le Hilfsdienst (service auxiliaire) en 1916 ou le Reichsarbeitdienst (RAD) en 1941 autorisent l’administration militaire allemande à réquisitionner hommes et femmes civils pour exécuter des travaux divers.

La plupart des hommes étant enrôlés sous les drapeaux, les femmes représentent souvent la seule main d’oeuvre disponible et se voient confier des travaux divers.

Ici, elles confectionnent des camouflages pour l’armée allemande au Petit Rombach, en 1916

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Elles assurent également la découpe de planches à la scierie Kupfert à l’entrée du Fenarupt en 1916-1918 - Coll. Robert Guerre

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Ou sont enrôlées dans le Reichsarbeitsdienst durant la 2nde guerre mondiale, comme ici au camp de Rapitz

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Durant la guerre 1939-1945, les femmes participent à l’organisation des filières d’évasion et de la Résistance.

Originaire d’Erstein, Laure Mutschler nait en 1915, puis passe sa jeunesse à Sainte-Marie-aux-Mines. Dès 1940, elle entre dans une organisation de passeurs. Dénoncée, elle rejoint son mari Eugène Diebold comme secrétaire au service des réfugiés d’Alsace-Lorraine. En mai 1942, elle entre au réseau de renseignements Mithridate et devient la secrétaire de Jean Moulin (à droite).

Arrêtée, torturée, déportée, elle ne dévoile rien sur la Résistance dont elle est pourtant dépositaire de tous les secrets. Libérée en 1945, elle décède en 1965 à Lyon. Elle est nommée Compagnon de la Libération par le général de Gaulle le 20 novembre 1944.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Vers 1944, les filières d’évasion de Sainte-Croix-aux-Mines et de Rombach-le-Franc deviennent de véritables maquis de la Résistance.

Les femmes dissimulent les évadés lors des perquisitions effectuées à domicile ou aident les fugitifs.

Ceux-ci se présentent avec un mot de passe à l’hôtel central à Sainte-Croix-aux-Mines chez Hoffmann (voir photo), à la boulangerie Chapelle et au café Guerre à Rombach-le-Franc, ou encore au restaurant le Tonneau d’or à Lièpvre. De là, ils sont orientés vers des passeurs locaux en fonction des secteurs les moins surveillés.

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

À partir des années 1920, une lente évolution des mentalités tend à accorder aux femmes une place et des droits croissants au sein de la société civile.

Le mouvement s’accélère après 1945, notamment dans les années 1960.
 Les femmes obtiennent le droit de vote en 1944, et l’utilisent pour la première fois en avril 1945 lors des élections municipales.
 La loi du 13 juillet 1965 autorise les femmes mariées à travailler sans l’autorisation de leur époux et à ouvrir un compte en banque en leur nom propre.
 La pilule contraceptive est légalisée en 1967. L’Interruption Volontaire de la Grossesse (IVG) est autorisée en 1975.
 Enfin, les événements de mai 1968 vont généraliser la mixité dans les classes et la refonte de l’enseignement, sans distinction des sexes.

La photo représente les élections municipales 1983 à Sainte-Marie-aux-Mines .

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Ces mesures ont balayé les fondements de la société patriarcale en l’espace de quelques années.

Dans le Val d’Argent, les femmes ont investi la plupart des domaines d’activités professionnelles, culturelles ou sportives.

Dans ce dernier domaine, Fanny Cosnier et Florine Valdenaire (photo) se sont particulièrement illustrées par leurs performances dans les compétition de snowboard

&
&&&
&&&&&
&&&&&&&

Il subsiste cependant encore des marges de progrès en matière salariale et dans l’accès à la sphère politique.

En Val d’Argent, Mme Agnès Henrichs (au centre de la photo) est devenue la première femme à avoir été élue maire à Sainte-Croix-aux-Mines en 2001.

La législation et les évolutions des mentalités devraient élargir à terme l’accès des femmes à la sphère politique.

Photo prise lors de la signature du contrat de territoire de vie en 2008.